Dyspraxie, autonomie et cuisine : conseils de Victoria Biggs (« Caged in Chaos »)

Je vous propose ici un aperçu de quelques parties du livre de Victoria Biggs « Caged in Chaos » (Enfermé dans le chaos), notamment ceux qui abordent la problématique de l’autonomie dans le domaine de la cuisine, de l’alimentation et de la pratique culinaire lorsque on est dyspraxique. (Malheureusement, ce livre n’est pas traduit en français.)

Victoria Biggs, dyspraxique elle-même, avait 16 ans lorsqu’elle avait écrit son livre « Caged in Chaos » destiné à aider les adolescents et jeunes adultes atteints de dyspraxie. Un véritable guide de survie, l’ouvrage propose des stratégies pratiques dans tous les domaines de la vie adolescente.
Je ne reprends ici que quelques extraits en lien avec le sujet principal de notre blog, à savoir « cuisine et dyspraxie ». Les conseils ci-dessous sont tirés de deux chapitres différents : « La maison adaptée à la dyspraxie » et « La vie au quotidien avec la dyspraxie ».

Je me suis permis d’ajouter quelques liens vers des exemples d’accessoires mentionnés par V.Biggs, ce n’est pas de la publicité, je veux juste donner une idée à ceux qui ne les connaissent pas (j’avoue que nous-mêmes n’avons pas encore eu recours à la plupart de ces accessoires). 

 

La maison adaptée à la dyspraxie

Pour beaucoup de personnes ayant des problèmes de coordination la cuisine est la zone de la maison la plus redoutable. Mais que vous êtes tenté d’apprendre à cuisiner ou pas, une vie autonome vous oblige à prendre ses repères sur ce terrain dangereux. 

 

Astuces et accessoires pour avoir une cuisine sécurisée

  •  essayez une bascule à bouilloire (pour avoir les mains libres lorsque vous positionnez la tasse)

Bascule bouilloire

Socle verseur basculant pour bouilloire

  •  utilisez les planches à découper avec fixations qui sont beaucoup plus sûres que les planches ordinaires

Planches de préparation culinaire

Planche à découper antidérapante

  •  pour ouvrir les boîtes de conserves, les ouvre-boîtes électriques ne demandent pas beaucoup de coordination

 Ouvre-boîtes électriques

  •  pour avoir une meilleure prise en main, les ustensiles et les couverts avec des manches en caoutchouc et arrondies sont très pratiques

Couverts ergonomiques

  •  il existe des supports spéciaux pour fixer les bocaux et les bouteilles sur le plan de travaille pour les ouvrir

Support fixe ouvre-bouteilles et bocaux

Ouvre bouteilles & bocaux sur les pieds antidérapants 

  •  pour les personnes dont l’équilibre n’est pas très bon, une chaise avec accoudoirs peut être une solution (comme dit V.Biggs, « une très bonne idée si vous travaillez avec les couteaux! »)
  •  réfléchissez sur l’emplacement de tous vos objets de cuisine et ne rangez pas vos verres et la vaisselle trop haut 
  •  étiquetez tous vos tiroirs afin de toujours savoir où trouvez des objets
  •  essayez un bloc range couteau pour ranger des couteaux pointus  
  •  ayez toujours dans votre cuisine un petit tableau blanc effaçable où vous pourrez noter des listes de courses ou des informations relatives à vos recettes
  • un minuteur est indispensable pour bien respecter les temps de cuisson et empêcher de brûler des aliments (sachez aussi que de nombreuses applications du type « timer » sont disponibles pour les smartphones !)
  •  rangez au fur et à mesure ! (« je me sens une énorme hypocrite en écrivant ça », rajoute V.Biggs, donc décontractez-vous, pas de pression !)

 

Conseils pour se sentir à l’aise à table

Le deuxième problème avec la nourriture c’est qu’il faut la manger sans trop se faire remarquer : « vous devez manipuler les couverts, rester stable sur votre chaise, vous rappeler de mâcher la bouche fermée et essayer de ne pas renverser votre tasse, et tout ça en même temps ». 

Quelques conseils qui suivent n’ont rien d’extraordinaire, vous connaissez sûrement déjà la plupart de ses petites stratégies, mais parfois c’est utile de tout regrouper et de faire quelques rappels.

Avant de commencer à manger, assurez-vous que vous êtes bien stable : gardez le dos droit et les pieds à plat sur le sol. Une chaise avec accoudoirs vous donnera une sécurité supplémentaire. « C’est plus facile d’avoir de bonnes manières à table si vous n’avez pas à vous soucier de l’équilibre », rappelle avec un point d’ironie Victoria Biggs. 

  • pour bien fixer votre assiette, utilisez un tapis/set antidérapant ou un torchon humide

Sets de table et rouleaux antidérapants

Antidérapant cuisine

  •  pensez aux couverts avec de grosses poignées arrondies ou enfilez des tubes en mousse sur les couverts que vous avez déjà.

6 tubes en mousse

Tube en mousse

Tube Plastazote en mousse

Couverts ergonomiques 

  • ne surchargez pas votre assiette
  • utilisez des bols et des assiettes avec rebord intérieur (cette forme empêche les aliments de glisser en-dehors).

Assiettes et bols ergonomiques

  • pensez à boire à l’aide d’une longue paille si vous avez du mal à porter les boissons à la bouche
  • pour emporter les collations dans votre chambre ou dans le salon, utilisez  des tasses et des bols à couvercle

 

La vie au quotidien avec la dyspraxie

Autonomie et confiance

Ce qui est bien avec V.Biggs, c’est qu’elle va toujours droit au but et donne plein de conseils pratiques. Mais avant de proposer des stratégies « à la carte » (vous prenez uniquement celles dont vous avez besoin), elle parle de l’autonomie et de la confiance – points clés pour survivre dans le monde adulte.

Si vous êtes un parent ou un proche d’un enfant dyspraxique, vous savez peut-être qu’il est difficile de l’imaginer à affronter certains aspects pratiques de la vie quotidienne et d’avoir confiance en ses capacités de se prendre en charge. 

Et si vous êtes un ado ou déjà un adulte, vous connaissez surement le sentiment d’impuissance face aux activités qui vous dépassent complètement et l’angoisse de ne pas être à la hauteur. 

« Comment vais-je faire face? C’est la question qui tourne dans mon cerveau comme un disque bloqué. Il ne me reste que deux ans (j’espère) avant de rentrer à l’université et je m’imagine déjà en train de courir dans la rue et de tendre à un passant surpris un ouvre-boîte et une boîte de conserve ! «Et pourriez-vous s’il vous plaît m’aider à attacher mes cheveux aussi? » » 

Vous vous reconnaissez peut-être ? La solution est d’apprendre à se faire confiance (et d’apprendre nos proches à le faire également !) et de mettre en place toutes les stratégies possibles pour gagner en autonomie. Une autonomie vis-a-vis de son alimentation fait partie de ce défi. 

V.Biggs a consulté de nombreux adultes atteints de dyspraxie pour dresser une liste de quelques stratégies les plus efficaces pour se débrouiller en cuisine. Je vous en propose ici un abrégé, pour plus de « peps » je vous invite à lire son livre. 

 

Comment devenir Master-Chef (dyspraxique)

  • Gardez dans votre cuisine un tableau blanc effaçable pour y écrire votre liste de courses  et ajouter des aliments et des produits au fur et à mesure. 
  • Faites appel à un ergothérapeute pour vous aider à adapter votre cuisine ou pour apprendre certaines compétences culinaires spécifiques. 
  • Inscrivez-vous à un cours de cuisine.
  • Planifiez vos repas de la semaine à l’avance.
  • Collectez vos propres recettes, pour commencer choisissez des recettes très simples.
  • Réécrivez vos recettes et décomposez-les en étapes plus simples.
  • Avant de commencer à cuisiner, sortez tous les ingrédients sur le plan de travail. 
  • La cuisson au four et au micro-ondes est plus adaptée à la dyspraxie que l’utilisation de la poêle et du gril.
  • Tournez les poignées de casseroles vers l’intérieur de la cuisinière, loin du bord. 
  • Achetez de la viande et de la volaille déjà désossée, c’est plus facile à préparer et à manger.
  • Des ciseaux-couteaux (ciseaux avec un couteau intégré, genre « clever cutter ») peuvent être utilisés à la place des couteaux, pour  garder un meilleur contrôle lorsque vous coupez ou tranchez.

Clever cutter 2 en 1 SWISSANT

Vicloon Clever Cutter,2 en 1

  • Utilisez des poêles et des casseroles antiadhésives
  • Si vous n’arrivez pas à couper des légumes, vous pouvez les acheter déjà préparés, pelés et tranchés.

Ces conseils, que j’ai sélectionné en rapport avec la thématique de notre blog, ne représentent qu’une petite partie des stratégies pratiques concernant tous les aspects de la vie quotidienne ( la puberté, l’hygiène, la scolarité, les relations sociales… ) que la jeune Victoria Biggs partage avec les adolescents et jeunes adultes en s’appuyant sur son propre expérience en tant qu’adolescente dyspraxique.

Mais le livre Caged in Chaos est bien plus qu’un recueil des conseils pratiques, et je le recommande vivement à tous ceux qui peuvent lire en anglais. Les conseils adressés aux adolescents dyspraxiques et à leur entourage s’appuient sur l’expérience personnelle de l’auteur et les les témoignages d’autres adolescents dyspraxiques.

Écrit avec beaucoup d’humour, sincérité et énergie, ce livre est un véritable guide de survie, mais aussi, selon les propres mots de Victoria Biggs, un guide de « libération » du chaos dans lequel la dyspraxie enferme les jeunes.

Je ne saurais mieux dire que J.Todd dans son préface à la 2ème édition de Caged in Chaos :

« Caged in Chaos était le premier livre dans le genre « livre d’auto-assistance »  pour les adolescents atteints de dyspraxie. Historiquement, la plupart des ouvrages sur les besoins éducatifs particuliers ne se focalisaient pas sur l’expérience personnelle et la prise de conscience, mais sur l’intervention d’enseignants, de médecins et d’autres professionnels.

Caged in Chaos trouve les mots pour ce que les spécialistes n’ont pas su le faire, exprimant la voix de nombreux jeunes avec qui j’ai eu le privilège de travailler.

Le livre parle de la frustration, de la douleur, de l’humour et de la résilience qui accompagnent le profil cognitif caractéristique de la dyspraxie. Les lecteurs adultes y trouvent les témoignages qui font un écho à leur propre expérience, les jeunes sont rassurés de ne pas être seuls.

La proposition de solutions « à la carte », parmi lesquels chacun est libre de choisir celles qui lui conviennent, semble être la forme la plus appropriée de conseil pratique pour les problèmes quotidiens.»

Victoria Biggs, « Caged in Chaos: A Dyspraxic Guide to Breaking Free » Updated Edition. 

 

 

 

 

     

     

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