Le CAP APR : bilan d’une étape d’un parcours atypique (Dyspraxie & TSA)

 

CAP APR - parcours atypique (Dyspraxie et TSA)

C’est la rentrée de Sonia au CAP Agent Polyvalent de Restauration qui a inspiré le début de notre blog il y a 2 ans, et la voici avec son diplôme de CAP en poche !

Dans sa première vidéo (qui était aussi le premier post du blog et s’intitulait « J-1 avant la rentrée au CAP ») Sonia se posait beaucoup de questions : Est-ce que je réussirai ? Est-ce que ça sera compliqué ? Comment vais-je y arriver ?

Nous n’avons pas vraiment fait de journal de bord comme c’était annoncé au départ, mais l’obtention du diplôme à l’issue des 2 ans de formation est une bonne occasion pour faire un (petit) bilan. 

Comment tout a commencé

Beaucoup de parents d’enfants « neuro-atypiques », ayant des troubles d’apprentissage etc., s’interrogent sur le choix d’orientation professionnelle pour leurs enfants. D’ailleurs, je vois souvent dans des groupes sur les réseaux sociaux des questions à ce sujet. On sait que chaque enfant et chaque parcours sont uniques, mais on a besoin de nouvelles idées et de témoignages dans cette situation de total inconnu.

C’est aussi un peu pour ça que je tiens à témoigner sur cette première étape de l’aventure professionnelle de Sonia, d’autant plus que le choix d’un métier en rapport avec la cuisine est généralement assez déconseillé pour les personnes atteintes de dyspraxie.

Avec sa dyspraxie visuo-spatiale sévère, ses troubles d’attention et du spectre autistique, Sonia, comme beaucoup d’autres, s’est retrouvée après la 3ème devant le problème inextricable de l’orientation. Quel projet professionnel lorsque tu n’es pas manuel(le) et que tu as des difficultés d’apprentissage trop prononcées pour t’orienter vers des études supérieures ? Lorsque tu aimes communiquer mais que tu es diagnostiqué(e) Autiste Asperger et as du mal avec les codes sociaux ? Lorsque tu adores les enfants mais que tout le monde te dit qu’en l’état actuel on ne peut pas te confier d’enfants ? Enfin, lorsque tu as toujours été tenté(e) par la cuisine mais que l’on te dit que les formations culinaires ne sont sûrement pas pour les dyspraxiques ?!

Comme les métiers manuels n’étaient pas trop conseillés pour Sonia à cause de sa dyspraxie, et comme une partie des professeurs considéraient qu’elle pouvait poursuivre une scolarité « normale » puisqu’elle n’a pas de déficience intellectuelle, Sonia a fait une année en 2nde générale et une année en 2nde de Bac Pro Accueil. Le premier choix était censé lui « donner du temps », le deuxième était un choix un peu « par défaut », en absence d’un projet qui tienne la route.

Pour la petite anecdote, durant la journée des portes ouvertes du lycée, quelques minutes avant le rendez-vous que l’on avait pris avec l’enseignante de la classe ULIS pour confirmer l’orientation vers le Bac Pro Accueil, Sonia s’est dirigée tout d’un coup, pleine de détermination, vers les stands du Bac Pro Cuisine : « Je vais m’inscrire en cuisine, c’est ça que je veux faire ! ».

Une Dys qui ne cuisine jamais, avec toutes ses difficultés de motricité, de mémoire, d’orientation, de lenteur… – s’inscrire en Bac cuisine ? Nous, les parents et les professionnels accompagnants, ne pouvions imaginer pire que ça, et je pense que sur ce point nous avions raison. Nous avons réussi à la dissuader, sans pour autant avoir trouvé une alternative qui correspondait à ses motivations profondes. Erreur. Ces deux années, en 2nde générale et en Bac Pro Accueil, étaient une pure catastrophe.

Or Sonia a toujours eu la chance d’être entourée de professionnels qui ne lâchent rien. C’est son pédopsychiatre Dr. Goudard qui a remué terre et ciel et, après consultation avec ses collègues, a trouvé une solution adaptée au contexte et pouvant satisfaire les deux grandes envies de Sonia : apprendre à cuisiner et travailler avec les enfants. Et pourquoi pas le CAP de cuisine en collectivité, avec la perspective de travailler en cantine scolaire ?

Cela restait néanmoins un choix audacieux et les psychologues qui suivaient Sonia au quotidien étaient les premières à être réticentes : pour elles, cette formation présentait un défi trop important pour Sonia, compte tenu de sa dyspraxie sévère, de sa fatigabilité et autres problèmes dus au TSA.

Mais Sonia n’en démordait pas, et la décision était prise : recommencer une seconde, dans un autre lycée professionnel, en CAP Agent polyvalent de restauration.

En Bac Pro Accueil, ça allait tellement mal qu’au printemps Sonia n’allait plus en cours, avec l’accord des médecins. Et comme la nouvelle orientation vers les métiers de la restauration faisait franchement peur à tout le monde, un petit projet extraordinaire a eu lieu dans les locaux du CMP (Centre Médico-Psychologique) d’Antibes pour préparer Sonia à la prochaine rentrée : après avoir obtenu un accord pour l’utilisation du local de cuisine, la psychologue de Sonia a transformé ses séances hebdomadaires en atelier de cuisine.

« C’est rock’n’roll, mais on fait ce qu’on peut ! », me disait la psychologue en riant. Devenir un coach en cuisine était pour elle une grande première, surtout qu’apparemment elle ne se sentait pas non plus super à l’aise dans le domaine culinaire. Entre Sonia qui épluchait ses carottes à deux à l’heure, la nécessité de préparer des recettes jamais faites avant, l’inondation dans les locaux (oui, c’est arrivé aussi !) … cela devait en effet être peu commun pour un suivi psychologique.

Mais l’enjeu était important : confronter Sonia à la réalité de la pratique culinaire, prendre quelques longueurs d’avance, lui donner quelques premières pistes pour éviter le premier choc de la découverte d’une formation pas spécialement « Dys-friendly ».

Plan de cuisine - dessin dyspraxique

De notre côté, nous avons aussi trouvé, un peu par hasard, un super plan (et plutôt original) : un échange gratuit de cours entre particuliers qui a permis à Sonia de prendre quelques cours de pâtisserie avec la talentueuse pâtissière Béatrice Blanc-Mazour (« Les délices de Béatrice »). C’est avec Béatrice que Sonia a commencé à apprendre les techniques culinaires professionnelles et à s’imaginer en pâtissière…

L’importance d’être bien accompagné(e)

Il faut le dire tout de suite : ce projet n’aurait jamais abouti sans l’accompagnement et l’investissement de nombreuses personnes. Il est impossible de parler de cette fin de CAP sans remercier de tout notre cœur l’enseignante principale de l’ULIS M. Gastaut, l’AVSI de Sonia C. Jager, l’AVSI de l’ULIS L. Richier, la professeure principale et enseignante en cuisine L. Cohen-Solal et sa collègue enseignante C.Valax, le tuteur de Sonia de SESSAD Socio-Pro S. André, sans oublier les autres enseignants du lycée et personnes qui ont aidé Sonia au cours de ces 2 années. Sans leur attention, bienveillance et ouverture d’esprit cette aventure ne se serait sûrement pas terminée aussi bien.

Nous sommes bien conscients que Sonia a eu de la chance de pouvoir bénéficier des structures CLIS/ ULIS ou des AVSI (selon les années) durant toute sa scolarité. Enfin, c’est notre avis en tant que parents, car Sonia, toujours sensible à ce qui est à ses yeux la preuve de son « incapacité » et d’une certaine absence d’autonomie, rebondirait sur le champ : « Vous parlez, vous, de la chance !!! »

Je n’oublierai jamais le coup de fil de l’enseignante ULIS et sa toute première phrase, deux jours après la rentrée de Sonia en CAP : « Je vous appelle pour vous dire que tout va bien ».

Vous me direz, rien d’extraordinaire, un simple geste d’empathie. 

Peut-être. Mais pour ceux qui ont la boule au ventre à chaque appel téléphonique venant de l’établissement scolaire de leur enfant, l’empathie est importante.

Je ne suis pas sentimentale (bon, juste un petit peu), mais ce jour-là, pendant tout le trajet de mon travail à la maison j’avais les larmes aux yeux car je repensais, encore et encore, à cette phrase et me demandais si le rêve d’une année scolaire heureuse pouvait devenir réalité. Je vous appelle pour vous dire que tout va bien.

Ce qui a permis à Sonia d’affronter le défis et de terminer cette formation, c’est la volonté de l’équipe pédagogique de l’encourager dans son projet, de lui donner de la confiance en soi et de chercher des solutions adéquates pour s’adapter à son profil atypique.

En écrivant ce billet, j’ai me suis mise à feuilleter les comptes rendus des réunions de suivi du parcours de formation de Sonia. « Sonia a besoin de bienveillance pour évoluer ». Cette phrase paraît presque banale, et pourtant c’est un des éléments clés, et c’est exactement ce que je veux mettre en avant ici.

Ce besoin vital de bienveillance n’est pas spécifique au cas de Sonia, bien évidemment. Il concerne tous les élèves (et tous les parents, et même les enseignants !), mais se fait sentir peut-être encore plus particulièrement chez les personnes ayant des difficultés d’apprentissage.

Mais la bienveillance seule ne suffit pas. Le deuxième élément clé de la réussite d’une inclusion scolaire et/ou professionnelle des personnes aux besoins spécifiques est la mise en place  d’adaptations à tous niveaux.
Là encore, cela peut paraître évident, mais en réalité, les adaptations recommandées pour compenser le handicap ne sont pas toujours accueillies les bras ouverts.

Les parents qui lisent ces lignes ont dû sûrement faire l’expérience de cette malheureuse confusion entre les principes d’égalité et d’équité qui empêche encore si souvent la mise en place des aménagements préconisés par les spécialistes.

« Il a besoin d’un temps supplémentaire pour les contrôles ? Mais c’est injuste vis-à-vis des autres… Il a besoin d’un ordinateur pour prendre des notes ? Mais ça va l’avantager par rapport aux autres. Il a besoin de son téléphone portable pour se repérer dans le temps ? Mais les téléphones sont interdits, les autres ne vont pas comprendre… »
C’est étonnant à quel point ce raisonnement est encore présent dans le milieu enseignant, malgré l’accès aux informations et toutes les recommandations concernant l’accompagnement des élèves porteurs d’un handicap ou à profil atypique.

Equité vs Egalité

Sonia, elle aussi, a rencontré parfois sur son parcours scolaire de la réticence par rapport aux aménagements nécessaires (et même, dans certains cas, une absence de cette bienveillance si importante sur laquelle j’insiste tant).
En revanche, ses 2 années de CAP ont montré à quel point des adaptations intelligentes peuvent favoriser l’apprentissage (sans parler de l’équilibre émotionnel), car les enseignants de son lycée ont été très attentifs à ses difficultés et se sont montrés très impliqués pour trouver des solutions.

Voici un document de travail qui a été fait par l’équipe enseignante au milieu de la première année de CAP. On voit ici quelques adaptations pédagogiques face aux difficultés de Sonia observées au cours des séances de TP en cuisine. D’autres adaptations ont été appliquées au fil du temps.

Adaptations pédagogiques

La mise en place de ces aménagements a été un tournant crucial dans la formation de Sonia. Car au départ, les difficultés ne faisaient que s’accumuler, et l’angoisse de Sonia devant l’échec était prise, par incompréhension, pour un manque de motivation.

Avec les adaptations fondées sur l’analyse de la situation et les conseils des spécialistes, tout d’un coup tout allait mieux : les enseignants ont constaté beaucoup de progrès dans les cours pratiques et beaucoup plus de motivation et d’implication de la part de Sonia.

Si j’en parle ici, c’est pour mettre en avant l’importance cruciale pour l’inclusion – scolaire, professionnelle, sociale – de la réflexion sur la compensation du handicap, sur les adaptations en fonction des difficultés objectives des personnes aux besoins spécifiques. C’est aussi pour donner un témoignage positif sur cette pratique en milieu de formation professionnelle.

La politique de l’inclusion scolaire permet maintenant à de très nombreux élèves en situation de handicap d’aller de plus en plus loin dans leur formation. A l’autre bout de la chaîne, dans le milieu professionnel, on constate aussi une évolution vers une inclusion accompagnée et une mixité professionnelle. Il est évident que les établissements de formation professionnelle devront faire un grand travail pour faire partie de cette évolution de la société et assurer aux personnes « atypiques » (avec l’aide des divers dispositifs d’accompagnement !) un parcours complet, solide et visant une autonomie. Ils sont déjà confrontés à ce défi, mais ne disposent pas toujours d’informations suffisantes ou de la méthodologie adaptée.

Les progrès accomplis

Cet éloge des adaptations scolaires et professionnelles ne doit pas enlever à Sonia le mérite d’avoir bien terminé son CAP.

Avec les jeunes neuro-atypiques ou porteurs d’handicapes invisibles, on a souvent l’impression que ça n’avance pas assez vite. Les choses se mettent en place lentement, «les difficultés persistent» (vous avez déjà vu ces mots dans les bulletins scolaires de vos enfants ? Comme si tout le monde croyait secrètement qu’ils disparaîtront un beau jour, par miracle !). Moi-même, en tant que maman, je suis comme ça, je suis impatiente.

Quand je me suis mise à dresser la liste des progrès accomplis par Sonia durant ces 2 années, j’ai commencé à hésiter : dois-je diviser cet article en deux parties, tant il y a de choses à dire ? Est-ce que je dois vous prendre la tête avec tout ça ? Mais si vous êtes jeune dyspraxique (ou dyslexique, ou autiste, ou TSA, ou autre … ) devant un choix professionnel difficile, ou un parent concerné et inquiet, ou un enseignant, peut-être ces quelques lignes pourrons vous encourager un peu. (Je pense que nous aurions bien apprécié, il y a 2 ans, n’importe quel encouragement, tellement nous n’étions pas sûrs de notre choix.)

Dans sa première vidéo « pré-rentrée » en 2018 Sonia se faisait beaucoup de soucis quant à sa capacité à bien couper les aliments, respecter les tailles et les formes. (Bon, la suite lui a montré qu’il y avait à se soucier de  plein d’autres choses encore ! ) Elle avait aussi peur de rester trop distraite et d’oublier parfois ce qu’elle est en train de faire. Avant de commencer sa formation, Sonia ne cuisinait pratiquement pas à la maison et ne pouvait réaliser aucune recette ou faire quoi que ce soit sans une assistance permanente.

Le problème n’était pas seulement le manque de savoir-faire (on passe tous par là) mais que chaque préparation était une course aux obstacles, une aventure risquée et pleine de surprises car des étapes entières passaient à la trappe, les consignes se mélangeaient, la mémoire ne retenait pas l’emplacement des ustensiles et le travail pouvait s’arrêter à tout moment si personne n’était là pour relancer la cheffe (mais je vais vous dire un secret : même aujourd’hui, cela lui arrive… )

 

Maintenant, avec les recettes très carrées du CAP et les fiches spéciales que l’on prépare à la maison, Sonia sait s’orienter dans une recette et peut réaliser en autonomie une recette simple, de A à Z, à condition que les étapes soient claires et les consignes soient séparées entre elles. (Mais l’astuce consistant à sortir au préalable tous les ingrédients sur le plan de travail empêche encore parfois de grandes catastrophes : au moins, en se demandant ce que ces 4 œufs font sur la table, on peut se rendre compte d’un petit oubli ! )

Tout en restant assez « lente » au travail, selon les standards du milieu de la restauration (ce facteur est d’ailleurs présent même parmi les cuisiniers DYS ayant beaucoup d’expérience !), elle gère néanmoins un peu mieux son temps.

Tu sais que tu es DYS quand - DYS en cuisine

Avec de bons outils, elle arrive à tailler les fruits et légumes selon des techniques différentes, et respecter une taille régulière.

Tailler les légumes

Sans parler de nombreuses techniques et astuces du métier apprises grâce à l’enseignement pratique et théorique. D’ailleurs, nous avons trouvé quelques ustensiles carrément indispensables pour un apprenti cuisinier DYS : séparateur d’œufs, coupe-pommes, gants de cuisine à 5 doigts, mandoline, ouvre-boîte, éplucheur adapté

Sonia dispose maintenant de tout un dossier de recettes de CAP (qui sont par ailleurs formidables : simples à faire, toujours très bonnes, – bref, des valeurs sûres !) et d’une petite collection de nos propres fiches spécialement adaptées pour le profil DYS.

J’ai parlé de l’autonomie en cuisine, mais voici un autre point très important pour l’autonomie et plusieurs autres aspects : les 3 stages professionnels effectués dans le cadre du CAP .

C’était sa première confrontation réelle au monde de travail et bien accompagnée en plus, car chaque stage a été suivi par sont tuteur du SESSAD Socio-Pro et les équipes étaient à l’écoute et prêtes à mettre en place certaines adaptations du poste.

Rien que le fait d’avoir gérée toute seule les déplacements à chacun de ces stages constitue un grand progrès en autonomie. En tant que dyspraxique visuo-spatiale, Sonia a énormément du mal à s’orienter dans l’espace et mémoriser les trajets vers de nouveaux endroits. Pour chaque stage, les déplacements ont nécessité tout un travail de préparation : fiches de route avec des photos et des consignes détaillées, plusieurs trajets effectués avec accompagnement, puis toute seule, pour s’entraîner avant le début du stage…

Mais surtout, ces stages (comme les 2 ans du CAP) étaient très formateurs en matière de relations sociales et plus particulièrement de relations professionnelles. C’était une vraie préparation à l’intégration dans le monde de travail qui manque encore souvent aux personnes ayant des profils atypiques.

Tous les stages de Sonia dans le cadre de son CAP ont été validés (un dans une maison de retraite et deux dans des cantines scolaires). Et cela m’amène au dernier point que je tiens à souligner et à mettre absolument dans mon petit bilan des progrès : la confiance en soi.

Rares seront ceux qui ne pourront pas reconnaître ce fâcheux syndrome qui accompagne les jeunes neuro-atypiques : le manque de confiance en soi. Depuis le début de sa scolarité, Sonia se dévalorise constamment et dans tout ce qu’elle entreprend, et c’est clairement un des plus grands handicaps qui l’empêchent d’avancer.

Le fait d’avoir mené ces stages au bout, tout comme d’obtenir son diplôme CAP après 2 ans de grands efforts et d’investissement sur tous les plans, a bien alimenté son compte de confiance en soi.

Confucius

Un drôle de CAP … et alors ?

Cette fin d’année scolaire 2020 était particulière pour tout le monde. On peut se poser la question : est-ce que c’est un « vrai » CAP, vu qu’il n’y a pas eu au final d’examen technique qui est décisif pour l’obtention de ce diplôme (et que cet examen devait posait problème à Sonia, selon ses enseignants) ?

Dans le contexte de l’histoire de Sonia, les priorités ne sont pas les mêmes que dans un parcours plus classique. Ce diplôme n’est pas une finalité en soi et ne lui garantie aucun avenir professionnel. En revanche, son obtention compte énormément pour elle et était indispensable pour son image de soi et sa détermination.

Disons, que ce CAP restera un peu « spécial » pour tout le monde, mais si ce diplôme 2020 ne correspond pas tout à fait aux standards établis dans le métier, il reste néanmoins que Sonia l’a mérité à 100% pour tous les efforts fournis, les progrès accomplis, la motivation et l’assiduité. C’est une magnifique récompense pour ces 2 ans de formation qui sera à coup sûr très importante pour sa reprise de confiance en soi et la poursuite de son projet professionnel.

Et après ?

Il y a 2 ans, ce CAP nous paraissait comme un objectif final, en quelque sorte, et très lointain en plus. Nous, les parents, nous nous disions, pour nous protéger de l’angoisse de l’avenir : « Dans tous les cas, Sonia pourra bénéficier des emplois protégés, et cette formation sera toujours un plus ».
Maintenant, on sait que ce n’est que le début de l’aventure, même si le bilan de cette première étape est très positif. Sonia a tenu ses engagements, la formation lui a plu, elle a progressé, et ça a ouvert des pistes pour la suite. Avant, elle n’avait aucune idée de ce qu’elle peut faire, maintenant il y a un vrai projet.

Et surtout, elle ne voit pas l’avenir de la même façon : elle a envie de trouver un travail qui lui plaît, de progresser, de tester peut-être aussi autre chose : de travailler dans un snack (même si à l’heure actuelle le rythme de travail dans une telle structure est trop élevé pour elle),  de faire une formation en pâtisserie,  de travailler un jour dans la petite enfance (et prendre sa revanche sur ceux qui disaient qu’elle est incapable de s’occuper des enfants), de devenir une chanteuse mondialement connue (non, pardon, je crois que ce projet est déjà abandonné… )  

Mais pour poursuivre ses envies et ses rêves il faut avancer étape par étape (chose parfois difficile à intégrer pour Sonia, à cause des troubles importantes affectant les fonctions exécutives, dus à son TSA). Quelles sont donc les prochaines étapes ?

Conseillée par le SESSAD Socio Pro, Sonia a comme projet d’effectuer un stage pour intégrer un des ESAT du département.

ESAT (Établissement et service d’aide par le travail) est une structure sociale et médico-sociale qui permet de travailler en « milieu protégé » et bénéficier d’un accompagnement spécialisé. Ce qui est moins connu, c’est que de plus en plus d’ESAT proposent aujourd’hui une passerelle vers le milieu ordinaire. Ils forment les jeunes en travaillant sur leurs faiblesses et en renforçant les points forts, organisent des stages dans des entreprises et en cas de résultat probant accompagnent l’embauche.

D’ailleurs, nous avons déjà une date de rendez-vous pour visiter un des ESAT du département.

Une autre piste serait de trouver une place dans un restaurant ou un café inclusif, si un établissement de ce type s’ouvre dans notre région.

Mais gardons un peu de suspense pour pouvoir poursuivre la partie « story » de ce blog !

cuisinière dyspraxique en CAP APR

 

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